L’ESS et les initiatives en commun : quels liens, quelles coopérations ?

Séminaire de recherche 2015

Compte rendu de la 1ère séance du 1er avril 2015

14h30 : Présentation du séminaire par Christian Mahieu, chercheur au CNRS, secrétaire général de la Chaire ESS
Ce séminaire ne se veut pas un séminaire entre chercheurs mais veut associer les chercheurs et les gens impliqués dans l’action. L’objectif est de créer une culture commune autour de la thématique « ESS et initiatives solidaires en communs ». Chacun de ces mots a une importance : la problématique émergeante des communs est déjà au cœur des mobilisations contemporaines. Mais on ne veut pas pour autant fétichiser les mots, notre approche est d’abord pragmatique, tournée vers l’action et tient compte des conditions sociales des publics.
C’est dans cette optique que l’on a construit le panel d’aujourd’hui avec Michel Briand, Directeur adjoint de la Formation à Telecom Bretagne, membre du Conseil National du Numérique, élu entre 1994 et 2014 à Brest en charge d’internet et du multimédia et à Brest Métropole Océane en charge de l’ESS et de l’aménagement numérique du territoire ; Simon Sarazin, acteur du développement des communs, Membre d’initiatives telles que La Coroutine, Unisson et Catalyst ; Stéphanie Bost, Association Interphaz et projet Crea’cit, Agnès Kindt, maraîchère et administratrice ; et Rémi Top, animateur du réseau des AMAP Nord-Pas de Calais. L’objectif était aussi de créer un lien entre ces initiatives tournées vers les communs et les manifestations antérieures de la chaire.

14 h 40 : Les nouvelles questions de coopération : le commun et les dynamiques contributives dans une société transformée par le numérique,
Michel Briand, Directeur adjoint de la Formation à Telecom Bretagne, membre du Conseil National du Numérique, élu entre 1994 et 2014 à Brest en charge d’internet et du multimédia et à Brest Métropole Océane chargé de l’ESS et de l’aménagement numérique du territoire.

Prezzi de présentation : http://prezi.com/g3mecwwpwran/vers-une-gouvernance-contributive/

Introduction

J’ai été élu sur la ville de Brest et en charge de la politique publique sur le numérique pendant trois mandats. La transformation de la société autour de la coopération et des communs prend du temps, c’est un véritable changement humain et culturel que de s’habituer à coopérer et à travailler en commun ; la gouvernance contributive, les pratiques collaboratives et de mises en communs relèvent d’une autre logique que celle à laquelle nous avons été habitués à l’école ; à l’école, on nous appris à être en compétition avec nos camarades de classe, à cacher notre copie à notre voisin de classe. Il faut donc apprendre à coopérer et à mettre en commun sur le tas.

Il faut apprendre que dans l’économie on peut être à la fois producteur et consommateur d’une même information, qu’on peut occuper ces différentes positions. Ex. : « LeBonCoin », on peut être à la fois producteur et consommateur d’une même information. Tous les secteurs devraient pouvoir être transformés suivant cette logique de la gouvernance contributive (un commun est donc une activité dont les bénéficiaires sont en même temps les contributeurs).
Il faut insister sur la formation à la coopération. Peut-être faut-il créer dans les collectivités des espaces d’innovation dédiés à la formation à la coopération.
Depuis le mois de janvier 2015, j’ai déjà pu relever une centaine d’événements sur internet autour des communs.
Dans le cas du numérique, il faut réussir à créer du lien social et de la solidarité pour contourner les plateformes comme Google, Amazon, Apple, etc.

Prezzi de présentation : http://prezi.com/g3mecwwpwran/vers-une-gouvernance-contributive/
Vers une gouvernance contributive

Exemple des PAPI (Points d’Accès Publics à Internet) dans la ville de Brest.

L’objectif était de rendre l’accès à internet possible pour tous, de permettre aux gens de découvrir Internet. Mais on n’avait pas envie de créer des cyberbases car on n’avait pas assez de budget, du coup il fallait donner accès à internet dans les lieux ordinaires (maisons de quartiers, bibliothèques, maisons de jeunes, centres sociaux, assos d’insertion, hôpital psychiatrique de jour, maisons pour tous, etc..). On a ainsi créé 108 points d’accès publics dans la ville de Brest : 10 ans plus tard, tous les Brestois avaient un PAPI à 400m de chez eux. Petit à petit, les gens acceptent de rentrer dans cette logique contributive : http://www.wiki-brest.net/index.php/PAPI_de_Brest.

Dans une gouvernance contributive, on fait avec les gens, au rythme des gens. Il faut que les gens s’approprient eux-mêmes les choses, ce qui est différent du modèle « républicain » où les choses ont tendance à être imposées de haut en bas. Il faut qu’une dynamique se mette en place grâce au « faire avec » : avec des gens, avec des associations, avec des acteurs locaux, plein de gens finissent par s’impliquer. L’objectif d’un commun, et il faut y être attentif, c’est d’augmenter le pouvoir d’agir des gens.

Autre exemple de l’appel à projet multimédia de la ville de Brest (http://www.a-brest.net/rubrique63.html) : 48 des 49 projets proposés ont été retenus à hauteur d’une subvention de 2000€. Avantages :
• Ne coûte pas cher
• Les gens y vont car ils savent qu’ils seront retenus
• Quelques €, c’est rien par rapport à la richesse que vont apporter les gens en s’impliquant.
• Plus qu’un appel à projet, c’est un « appel à envie » et c’est finalement le contraire de quelque chose comme l’appel à projet concurrentiel de Fleur Pellerin sur les Fablab où sur 150 projets, seulement quelques uns ont été retenus, ce qui génère la frustration des autres et la création de conflits dans le réseau en privant de l’apport d’un grand nombre de contributeurs.

Au contraire, dans le cadre d’un appel à envie, le pouvoir d’agir est augmenté, ce qui est un élément essentiel de la société numérique.

Il faut transformer les manières de voir et de faire dont nous avons l’habitude dans un monde concurrentiel : il vaut mieux rendre visible ce qu’on fait et se faire copier plutôt que de le cacher et que rien n’avance. Si on se fait copier, c’est que les bonnes pratiques se développent, et celui qui est à l’initiative garde de toute façon une longueur d’avance (s’il tient à tout prix à être plus concurrentiel, comme dans le cas de Toyota rendant public ses innovations). Mais les gens commencent à changer d’attitude, comme ce prof qui a développé un projet pour son lycée qui a été repris par plein d’autres lycées et qui s’en réjouit.

Le commun repose sur un principe de réciprocité, du don/contre-don qui permet d’être enrichi par les autres. Exemple des élèves qui retrouvent confiance en eux quand on les met en situation d’apprendre quelque chose aux autres. Le problème n’est pas de censurer, mais de pouvoir recueillir la contribution de chacun et d’apprendre à valoriser cet apport contributif. Nous avons besoin d’apprendre cette culture de la coopération dans les écoles, d’en faire des écoles créatives et ouvertes. Il faudrait que tous les jeunes des écoles publient quelque chose chaque année sur internet. Un élément clé de cette culture est de donner à voir ce qu’on fait et de valoriser ce que font les autres.

Un des enjeux est d’outiller pour parvenir à cette culture de la coopération : il faut des outils de publication, une formation à écrire pour être lu…Par exemple, cette formation est proposée avec Anima’coop (Montpellier) où tout est en commun, avec une formation de 100h sur 14/15 semaines et sur 6h/semaine pour se former à ces réflexes de coopération. On a appris à coopérer au fur et à mesure du développement des politiques publiques avec l’apport de nouveaux outils : les logiciels libres sont devenus matures, les CD de logiciels libres ont été développés à 300 000 exemplaires.

Exemples de projets collaboratifs/en commun :
– Création d’un CD de logiciels libres, diffusé, construit par plein d’amateurs.
– Wikibrest : wiki sur la vie à Brest dans l’histoire (avec des infos historiques sur comment se passait un mariage avant, comment se passait un accident de bateau, etc.)
– La mise en ligne de tous les journaux de quartier depuis 10 ans. Chaque journal de quartier a un portail. Là où les journaux papier du passé disparaissent, l’information reste sur le wiki. C’est une forme d’éducation populaire par le numérique. On dénombre 1000 rédacteurs sur 150 000 habitants à Brest.
– Série de formations sur les questions du droit d’auteur.
– Développement de « Brest en biens communs »

Cela pose une série de question sur la mise en commun des données publiques. Aujourd’hui, de nombreux sites publics sont sans droit de réutilisation, donc la réutilisation de leurs contenus est considérée comme de la contrefaçon, est-ce normal ? On devrait au contraire autoriser les autres à réutiliser ce qui est produit par les agents des services « publics ». Par exemple, jusqu’à il y a peu, il y avait une interdiction formelle au Musée d’Orsay de photographier les œuvres du « domaine public ». Il a fallu que la ministre Fleur Pellerin mette la photo d’une toile de Bonnard sur Instagram pour que l’interdiction soit levée…(http://www.franceculture.fr/2015-03-18-suite-a-un-instagram-de-fleur-pellerin-le-musee-d-orsay-autorise-la-photo).

Des questions nouvelles sont en train d’émerger avec cette thématique de l’OpenData (« Données ouvertes »).
• Par exemple, les données de bus, si on les laisse ouvertes, l’activité se développe et les gens prennent le bus ; il n’y aurait donc aucun intérêt à les vendre, c’est la même chose pour d’autres activités. Il faut faire en sorte que les données publiques soient mises en commun sous forme collaborative. Une prochaine loi devrait rendre obligatoire cet enjeu de la mise en commun des données publiques.
• Exemple d’OpenStreetMap. En Bretagne, l’ensemble des SIG (Système d’Information Géographique) est mis en commun, reversé à un fond de carte qui est OpenStreetMap (OSM) : c’est un projet qui fonctionne incroyablement bien. Depuis 5 ans, la carte officielle des services de l’Etat, c’est la carte OSM, la carte IGN (Institut National de L’information Géographique et Forestière) est un second choix. La carte OSM, collaborative, est plus riche, plus efficace que celle de l’IGN.

Ce qui m’amène à souligner l’aspect décisif de l’efficience des communs. Les communs sont efficients économiquement, ils fournissent des exemples du caractère plus efficient de la méthode collaborative. Prenez l’exemple de l’encyclopédie contributive et ouverte en ligne Wikipédia qui a supplanté l’encyclopédie Encarta de Microsoft ou l’encyclopédie papier Universalis. Wikipedia a tué les encyclopédies fermées. L’enjeu des communs est de montrer que la production collaborative produit des richesses en étant plus efficaces que les formes d’entreprise capitalistes « classiques ».

Autre exemple de l’association Sésamath [http://www.sesamath.net/] (basée sur le développement d’échanges entre professeurs de mathématiques à travers l’usage des TICE [Technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement] ; L’association diffuse gratuitement, via internet, des ressources pédagogiques et des outils professionnels utilisés pour l’enseignement des mathématiques]). Elle a commencé à publier ses livres de math en logiciel libre et elle a grappillé 20% des parts du marché en vendant ses bouquins, ce qui lui a permis de payer 5 salariés. C’est une association qui s’est développée sans argent, ni public ni privé, et qui a touché un public d’un million d’élèves en ligne. Elle représente une sorte de tiers secteur de la coopération, ni privé ni public, et qui peut être plus efficace tout en étant pourtant un modèle étranger à la culture de l’éducation nationale.
Autre exemple des publications scientifiques de chercheurs. Il faut trouver d’autres modèles de financement : aujourd’hui, le secteur privé fait un taux de profit de 30% en revendant des articles de chercheurs financés par de l’argent public…Il faut remplacer ce modèle par des archives ouvertes pour que tous puissent avoir accès à la connaissance. Car une publication financée par de l’argent public devrait être une archive ouverte. L’interdiction portée par les éditeurs ne marche déjà plus dans certains pays : en Allemagne et en Italie, le chercheur a le droit de publier sous licence libre.

Autres initiatives sur Brest :
• Formation à la coopération qui permet de créer plein de projets. Création d’un réseau des documentalistes (174 documentalistes, majoritaire dans la profession…). Activités recensées toutes les semaines sur « doc a brest ». Emergence de réseaux avec un petit nombre de salariés voire pas du tout.
• Réseau « prof à Brest », réseau coopératif pour l’enseignement ouvert et collaboratif.
Ces idées qui ne sont plus marginales : le cœur du projet est l’existence d’un réseau coopératif qu’il faut savoir animer et dont il faut mettre en valeur les compétences.
• Le site du journal « pratiques collaboratives » [http://www.pratiques-collaboratives.net/] permet de suivre l’actualité de la collaboration.

Il ya plein de communs autour de chez vous, ce n’est pas un truc d’intello, on les trouve dans les quartiers populaires, les habitats sociaux, à travers les différents exemples que j’ai donnés : logiciels libres, Alternatiba, AMAP, archives ouvertes, réseaux de partage de connaissance, tout cela contribue au commun. Il y a toute une collection d’innovations sociales en communs. La difficulté aujourd’hui, c’est qu’on est très peu nombreux à développer ces pratiques, il faut qu’il y ait une prise en charge de cette question des communs par l’ESS. Si tout le monde se donne la main, ça avance. Il faut que les associations de l’ESS accompagnent ce mouvement.
Questions à Michel Briand :

• Question sur les reproductions d’images du musée d’Orsay qui mettraient en danger la rareté de l’image, dévaloriserait les œuvres.
Réponse M Briand : Cela rend accessible une donnée publique à ceux qui ne peuvent pas se rendre au Musée (si vous êtes au Bénin par exemple). Sinon, vous empêchez ceux qui ne peuvent pas se rendre au Musée de s’approprier les œuvres.

• Question (E. Jendrier) sur le droit à l’oubli qui existait dans la logique écrite et qui n’existe plus avec le numérique. Aspect inquiétant de ce partage systématique et intégral. Il n’y a plus le processus de maturation qu’il y avait dans la logique écrite. On ne se pose plus non plus (comme avec Wikipédia) la question des références dans une recherche, on perd tout regard critique…et cela manque aussi dans votre présentation…
Réponse M Briand : Je travaille aussi avec Bernard Stiegler sur les dangers du numérique (le numérique comme « Pharmakôn », poison et remède à la fois) notamment sur les dangers de la surveillance illimitée. Mais l’objectif principal des communs, c’est quand même de faire en sorte que la connaissance soit accessible à tous. Prenez l’exemple des MOOC (Massive Open Online Courses = Cours entièrement ouverts en ligne), ils ouvrent de nouvelles possibilités car les cours universitaires en France restent aujourd’hui largement fermés, ils ne sortent pas de l’Université : seul la fac de Nantes le fait alors que les professeurs d’Université sont payés avec de l’argent public. À l’inverse, aux Etats-Unis ou en Espagne, les Universités diffusent massivement leurs cours.

• Question : est-ce que l’alternative est finalement entre Google et les communs ?
Réponse de M. Briand : Oui, c’est un peu cela, le modèle des grosses plateformes est en train de devenir le modèle dominant, plus fort que le modèle publique, c’est le problème de la capture, donc il faut chercher à éviter, à contourner ce modèle du capitalisme monopolistique par la logique collaborative et la multiplication des communs.

Sites
http://www.a-brest.net/
http://eco-sol-brest.net/
https://www.pratiques-collaboratives.net/
http://www.bretagne-creative.net/
http://tempsdescommuns.org/
http://www.cnnumerique.fr/inclusion/
http://www.intercoop.info/index.php/Autour_des_pratiques_collaboratives#Autour_des_communs_num.C3.A9riques

Gouvernance contributive
• Premiers pas vers une gouvernance contributive (1)
Retour d’expérience sur une politique publique du numérique à Brest : http://www.a-brest.net/article14658.html
• Libres, solidaires et durables vers un réseau des acteur-ice-s de l’innovation sociale ouverte en Bretagne http://www.a-brest.net/article11035.html
• Gouvernance contributive wiki : http://www.intercoop.info/index.php/Autour_des_pratiques_collaboratives#Gouvernance_contributive

Coopération
• Animacoop au pays de Brest vers un réseau d’acteur-ice-s partageant une culture commune de la coopération et des biens communs : http://www.a-brest.net/article12062.html
• Formation-action Animacoop : quels bénéfices sur les pratiques professionnelles des animateurs de projets ? : http://www.a-brest.net/article11041.html
• Anime-fr : Réseau francophone des animateurs de projets collaboratifs
• Accélérateur de projets : fiche projet Multibao : https://www.pratiques-collaboratives.net/Accelerateurs-de-projets.html, http://multibao.org

Innovation sociale ouverte
• BrestCreative réseau des acteur-ice-s de l’innovation sociale ouverte http://www.a-brest.net/article12629.html
• Codesource de nos innovations sociales, le « comment-faire » expliciter, donner à voir, relier, utiliser librement. : http://wiki.a-brest.net/index.php/Code_source_de_nos_innovations_sociales
http://www.a-brest.net/article13125.html

Communs
• atelier aux rencontres Moustic : http://vecam2.vecam.org/Moustic-2015-Tour-de-france-des-reseaux-cooperation-et-communs
• wiki actualité et bibliographie :
http://www.intercoop.info/index.php/Autour_des_pratiques_collaboratives#Autour_des_communs_num.C3.A9riques
• une trentaine de sites francophones autour des communs : http://www.intercoop.info/index.php/Autour_des_pratiques_collaboratives#Sites_web_francophones_autour_des_communs_.2828.29

Et aussi

Comment faire des citoyens des contributeurs actifs du bien commun ? De nouvelles formes de citoyenneté émergent, elles doivent être encouragées et stimulées : http://www.liberation.fr/debats/2015/03/17/nous-sommes-un-peuple-chiche_1222628, par Nicolas MATYJASIK, Maître de conférences associé à Sciences-Po Lille et Akim OURAL maire adjoint de Lille, Libération le 17 mars 2015.

15h20 : Projets en commun et dynamiques contributives en Région Nord-Pas de Calais
Simon Sarazin, Acteur du développement des communs. Membre d’initiatives telles que La Coroutine, Unisson, Catalyst/ Stéphanie Bost, Association Interphaz, projet Crea’cit / Christian Mahieu, CNRS.

La Coroutine
Retour sur l’histoire de la Coroutine: d’abord un squat 45m², chacun des contributeurs a mis 50€ au démarrage, puis le projet a grandi, s’est développé : http://lacoroutine.org / http://wiki.lacoroutine.org

Caractérisation du projet la Coroutine sur encommuns : http://encommuns.org/#/832

Crea’cit
Présentation : https://docs.google.com/presentation/d/1WRQxtgtwSoZXQRV0cZ-aljJYdlH5RHgDjGSxIR1uHt8/edit?usp=sharing

4 axes de travail
– Comprendre l’émergence d’un collectif citoyen
– Étudier l’engagement collectif et ses formes d’action
– Inciter à une meilleure reconnaissance des collectifs citoyens
– Faciliter les bonnes pratiques et développer les bases d’une intelligence et d’une ingénierie d’action collective

3 terrains d’étude envisagés
– la dynamique de créativité collective et citoyenne chez les jeunes et la relation aux accompagnateurs de projet
– les lieux culturels autogérés
– les lieux ressources au service des territoires (exemple des jardins partagés, salles communes des habitats groupés, conciergerie de quartier)

Les chantiers prévus
– questionner les collectifs
– questionner les institutions
– valoriser le projet
– créer des liens avec d’autres projets citoyens ici et ailleurs
– développer des projets à l’échelle euro-métropolitaine

Questions à Simon Sarazin et Stéphanie Bost:

• Question (CIGALES) : Le numérique du coup questionne l’histoire, on peut avoir l’impression qu’on fait table rase du passé ?
Réponse de Christian Mahieu : Ce que précisément on a voulu aborder avec la chairESS et ce séminaire, c’est voir en quoi l’ouverture de tout cela questionne l’ESS.
Réponse de Simon Sarazin : Le numérique apporte les dimensions de la transparence et de la documentation, ce qui permet d’enrichir le modèle. Si on ne se pose pas ces questions, ces nouvelles activités économiques seront accaparées par les acteurs capitalistes, comme cela a été le cas par exemple du commun numérique pour le covoiturage qui a été absorbé par un opérateur capitaliste, parce qu’on n’a pas été capable de se mettre en réseau nous-mêmes.
Cela pose aussi la question d’un nouveau modèle de rémunération qui ne soit ni le salariat ni le bénévolat. À la Coroutine, on s’est posé la question d’avoir un salarié ce qu’on a finalement refusé de faire car cela risquait de désengager les autres et de nuire à la logique contributive. C’est donc le problème de la professionnalisation des acteurs, qui se pose aussi dans l’ESS.

• Question de Laurent Gardin : Cela peut aussi créer des contradictions lorsque les logiques collaboratives sont récupérées par le modèle capitaliste…Dans ce cas-là, cela peut justement être utile de créer de l’emploi en utilisant les modèles de l’ESS, quelque soient les débats internes qui continuent d’exister entre travail salarié et travail bénévole.

Réponse de Simon Sarazin : il peut aussi y avoir des solutions alternatives avec des outils de financement participatif comme Gratipay (voir http://linuxfr.org/users/changaco/journaux/presentation-de-gratipay-pour-un-financement-durable-du-logiciel-libre) qui rend transparent le financement de nos activités.

• Question Ressourcerie de Picardie sur le problème social posé par l’usage nécessaire du numérique dans des départements qui ont des forts taux d’illettrisme. Beaucoup de jeunes risquent d’être mis de côté…
Réponse : Ces initiatives doivent être complémentaires de l’éducation populaire, elles doivent permettre de la relancer.

• Question Institut Godin (Nicolas Chochoy) : Ces communs comme initiatives qui émergent plutôt à l’écart des institutions publiques avec une volonté d’autonomie ne développeraient-ils pas un projet éminemment libéral? C’est-à-dire qui iraient dans le sens d’un renouvellement du libéralisme économique et politique ?
On peut estimer qu’il y a en effet une dimension « libérale » des communs dans le sens où ils œuvrent à la « libération », c’est-à-dire à l’émancipation de l’individu et à son autonomie, mais cette autonomie s’obtient par la coopération et non par la concurrence caractéristique du libéralisme économique. En ce dernier sens, les communs vont donc à l’encontre du libéralisme économique.

16h00 : Les AMAPS et le commun. Rémi Top, Animateur du réseau régional des AMAP en Nord-Pas de Calais.
Le diaporama :
http://www.amap5962.org/site/IMG/pdf/diapo_chair_ess.pdf

Le principe des AMAPs (Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne) = les adhérents s’adaptent à l’agriculteur, en s’adaptant à ses réalités et à ses difficultés : on ne choisit pas ce qu’on aura dans les paniers, donc cela va à l’encontre de la logique du client roi. On va au contraire dans le sens de la production souhaitée par le producteur en fonction notamment de la terre, de la saison, etc. et on recherche donc avant tout l’intérêt du producteur.
L’amapien n’est donc plus un simple client, il devient un co-producteur parce que son soutien est essentiel pour définir ce qu’on va produire.

La ferme d’Agnès Kindt
• Historique de la ferme et de l’AMAP. Témoignage d’Agnès dont les parents étaient horticulteurs et ont arrêté leur activité alors qu’elle terminait son école d’ingénieur donc elle a pu reprendre la ferme et ses installations.

• L’action citoyenne. Adhérer à une AMAP est une action citoyenne et politique = les AMAPiens participent à soutenir un type d’agriculture, l’agriculture paysanne qui prend en compte l’environnement, les hommes, les terres, la production et la consommation: les AMAPiens deviennent des consomm’acteurs (ils sont à la fois acteurs et consommateurs).

• Le fonctionnement de l’AMAP : l’Amap fonctionne à partir d’un système de rotation du collectif, il n’y a pas de bureau et les AMAPiens ont refusé qu’il y ait un président car cela fonctionnerait moins bien.
L’Amap fonctionne à partir d’une liste de tâches prises en charge collectivement. Tous les AMAPiens participent aux distributions, sur la base d’un planning.
Les bénéfices et les pertes sont partagés avec les usagers. Tout est produit dans le cadre de l’AMAP, il y a un principe de transparence économique, les AMAPiens savent ce que je gagne. Pour l’anecdote, ils veulent d’ailleurs augmenter le prix du panier pour que je me paye mieux, ce que je refuse, car je veux fixer librement le prix du panier.
En fonction des possibilités de production, les AMAPiens choisissent les légumes, et font aussi des retours individuels sur ce qu’ils attendent, ce qui me permet dans la mesure de possible d’y répondre, par exemple en répartissant les produits sur toute l’année ou en échangeant certains produits entre deux paniers si l’un a trop d’un légume qu’il veut moins et l’autre pas assez de celui-ci, etc.
L’Amap permet aussi des moments importants de rencontres sociales. La distribution entre les 80 personnes crée des liens. Les gens finissent par se connaître entre eux. Il y a aussi des ateliers collectifs où ceux qui peuvent viennent me prêter main forte sur certaines tâches (ils m’aident lorsque j’ai besoin par exemple de bouger des blocs). Il y a aussi l’organisation tous les ans de la fête de l’Amap avec un grand barbecue, mais aussi d’autres événements pour trouver de nouveaux adhérents.

(NB : on retrouve dans l’AMAP de nombreuses caractéristiques propres aux communs : usagers sont à la fois acteurs et consommateurs, l’activité prend soin des ressources et de l’environnement, la structure n’est pas hiérarchique mais horizontale, les bénéfices et les pertes sont partagés égalitairement, les usagers délibèrent sur les produits, création de lien social)

Conclusion Rémi Top

Il y a une dimension collective à l’intérieur de l’AMAP mais aussi au niveau régional car les AMAP travaillent entre elles, mènent des projets ensemble et s’entraident, c’est donc un réseau associatif régional.

Caractéristique de l’Association régionale :
• Entraide entre les différentes AMAPs. Les différents membres du réseau prennent soin les uns des autres (un paysan en AMAP a aidé un jeune du réseau à s’installer parce qu’il avait été aidé lui aussi à ses débuts) ; les paysans jouent le jeu de la confiance.
• L’association n’est pas organisée dans un esprit de fédération, mais sans contraintes, à partir d’une marque et d’une charte (transférée à une association nationale et transmise sans rien à payer).
• Inscrire ce que l’on fait dans une démarche politique. Cela rejoint des politiques institutionnelles sur l’agriculture multifonctionnelle, coopérative et de qualité pour tous.
• Certains AMAPiens ont moins de moyen pour s’impliquer et cela montre le parallèle entre les AMAPs et le reste de la société.
• Fracture numérique au départ, certains sont exclus mais le fait de se rencontrer chaque semaine facilite les choses; les lieux de rassemblement restent les CA, les AG ou les moments de distribution. Par exemple si quelqu’un n’a pas d’e-mail, on va lui imprimer les documents pour qu’il puisse participer.

Questions :
• Certains adhérents de l’AMAP sont-ils des personnes morales (centre sociaux par exemple), ou n’y a-t-il que des particuliers ?
Réponse de Rémy Top : Ce sont des particuliers mais à travers les valeurs partagées, on retrouve des personnes qui gravitent autour des centres sociaux. Dans le cadre de rencontres ponctuelles, il peut aussi y avoir des liens plus collectifs avec certaines associations.
• Quels sont les profils des AMAPiens : plutôt CSP supérieures ? Familles avec enfants ?
Il y a différents profils d’AMAPiens, mais ils sont de toutes les générations et il y a aussi des personnes issues des classes populaires qui ont intérêt à la solidarité économique produite par les AMAP.

17h00 : Table ronde conclusion

La question qu’on se pose aujourd’hui autour des communs est la suivante : « Qu’est-ce qui donne envie de s’inclure dans un projet collectif? ». C’est ce que permet de poser cette notion de communs à travers les dimensions de travail collaboratif, coopératif, contributif, etc. même si on peut à bon droit se méfier d’une approche par trop universitaire. C’est pourquoi on propose dans la chairESS de partir d’abord des pratiques des acteurs.
« Partager », cela peut aussi vouloir dire « diviser », « diviser en différentes parties » comme dans la « division du travail » et cela n’est pas encore mettre en commun. Mettre en commun, c’est investir ensemble un objet dont on va faire collectivement usage, ce qui pose aussi la question des lieux des communs.
Il faut bien avoir à l’esprit qu’il n’y a pas que le commun numérique et les communs immatériels, il y a aussi les communs naturels (ex. : AMAPS), les communs sociaux (ex. les habitats coopératifs), etc. Le numérique n’est souvent qu’un simple véhicule du commun.
Il faudra aussi creuser la question du modèle économique des communs (Modèle du LL, modèle premium ([ex. du site du zéro], voir aussi le récent travail de Michel Bauwens http://www.editionslesliensquiliberent.fr/livre-Sauver_le_monde-9791020901835-1-1-0-1.html), et ce que peut lui apporter celui de l’ESS. L’objectif du séminaire est véritablement de faire des allers et retours entre ESS et communs : comment les communs interrogent les pratiques de l’ESS et inversement comment les pratiques de l’ESS déjà solidement installées peuvent-elles soutenir les initiatives en communs ?
Enfin, ce n’est pas seulement la question de l’accompagnement et la formation mais de l’émancipation et du droit à intervenir dans la vie économique et politique qui doit être placée au cœur de la discussion.

Compte Rendu rédigé par Pierre Sauvêtre.

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